Pays d'Arles : le futur parc paysager de la fondation Luma se dévoile

15 mai 2018
Par sarah rios

Plus de 4 hectares, un étang de 3 700m², des paysages de Camargue, des Alpilles et de la Crau... La présentation a eu lieu dans le cadre des Luma Days.

"C'est un projet de paysages qui pose un défi à la fois très intéressant et très compliqué. Comment transformer un site qui connaît un climat semi-désertique en parc luxuriant ?" Voilà la question sur laquelle planche Bas Smets, architecte paysagiste belge, depuis plusieurs années après que Maja Hoffmann lui a confié le soin d'imaginer et de créer ce parc paysager, et public ! "Un parc du XXIe siècle, pas du XIXe siècle, ni propre, ni parfait", insistait le concepteur, hier, à l'heure de présenter les détails de son projet (très attendu) à plus de 300 personnes, réunies sous la grande Halle en ce premier jour des Luma Days.

Un paysage hybride ouvert au public

"J'ai visité ce site énigmatique, stérile, où rien ne pousse, il y a plusieurs années, en avril, a raconté Bas Smets. Puis Maja m'a invité à découvrir la Camargue en me disant qu'on ne pouvait pas comprendre Arles sans connaître la Camargue, tourmentée par les eaux et dont j'ai été fasciné par la richesse. J'ai ensuite découvert les Alpilles, ainsi que la Crau. Et finalement, je me suis aperçu qu'Arles est au carrefour de trois paysages totalement différents. Au niveau mondial, c'est très rare d'avoir trois mondes si différents et pourtant si proches les uns des autres." Une exception dont Bas Smets a fait la pierre angulaire de son projet. "Comment cette richesse qui est en contraste avec la stérilité du site peut influencer le projet du parc ?" s'est-il alors interrogé. Arpenter les lieux, observer, comprendre pour tenter d'utiliser la logique de la nature, pour accélérer les processus naturels qui auraient végétalisé le site du parc des ateliers spontanément au fil du temps, voilà le travail de longue haleine que l'architecte paysagiste aura eu, et a encore, à mener. Car si les travaux autour du parc sont en cours, ceux dans le parc même ne commenceront qu'en octobre prochain, après les Rencontres et après que la base de vie soit déplacée aux Minimes.

Alors, à quoi faut-il concrètement s'attendre ? Ce parc de plus de 40 000m² -- "une île dans la ville", reliée au centre par une boucle d'arbres -- son concepteur l'a voulu ouvert. Au niveau du boulevard Victor-Hugo tout d'abord, l'esplanade étant une première porte via le bâtiment Ressource, mais aussi au niveau du chemin des Minimes, "pour que tout devienne une sorte de continuité de l'espace public". Et Bas Smets de dévoiler "un tunnel végétal, une fois passée l'arche sur l'avenue Hugo, accès sur la chapelle Saint-Honorat. Un tunnel qui crée un moment de fraîcheur, à l'ombre, avant de découvrir le parc". Lequel a été imaginé comme si l'homme n'était pas intervenu, comme si la nature l'avait elle-même dessiné. "On s'est dit que peut-être le Mistral aurait amené des sédiments à travers le couloir rhodanien et aurait créé une sorte de topographie. Laquelle permet de planter au-dessus de la zone d'archéologie sensible, tout en produisant des milieux naturels différents." Près de la grande Halle et de la Mécanique, un étang de 3 700m², approvisionné par le canal de Craponne, servira à la fois de réservoir d'eau pour l'irrigation et d'un formidable point de rafraîchissement de l'atmosphère pendant les chaudes journées estivales. La colline, la grande pelouse, le jardin des Forges... toute une série de lieux sur lesquels travaillent notamment des botanistes pour produire un paysage hybride, autonome, autour de cet étang. Installations artistiques et jeux pour enfants seront également à penser. "L'asymétrie de la topographie permettant quant à elle de l'ombre en été et une protection contre les vents violents en hiver", ajoute Bas Smets. Car c'est bien là que réside le principal défi, rendre ce lieu, dur et aride, accueillant et agréable pour les futurs visiteurs qui pourront en profiter librement.

Et pour ceux qui seraient désireux d'en savoir plus, chaque jour de la semaine, dans le cadre des Luma Days, une présentation de ce projet paysager colossal par Bas Smets lui-même ou par des médiateurs, a lieu à la grande Halle de 12h à 13h. N'hésitez pas.

Le programme des Luma Days

Le thème des seconds Luma Days est donc l'hospitalité. Il sera décliné pendant toute la semaine en veillant à ce que des passerelles soient faites entre réflexions scientifique et artistique, "qui s'intègrent de plus en plus" a souligné Maja Hoffmann. En veillant aussi à ce que grand public et experts échangent. Première salve lundi matin, pour la conférence inaugurale. Maja Hoffmann a ouvert les débats, rejointe par le maire Hervé Schiavetti, avant que Bas Smets n'entre dans les détails du futur parc paysager. L'assistance, nombreuse, a été plongée dans ce savant mélange entre recherche et réalisation, pour le plaisir des yeux. En attendant d'arpenter ce "Frankenstein du paysage, avec des bouts d'Alpilles, de Camargue et de Crau", selon l'expression du maître paysagiste, c'est le quotidien d'un demain tout proche qui a occupé les premières questions de la salle, après que le maire a répondu sans conviction à la répartition des charges entre le public et le privé sur un projet de cette envergure.

"C'est magnifique ce que vous allez faire. Nous n'avons pas peur des moustiques, mais ce sont les voitures qui nous préoccupent. Que va-t-on imaginer pour le stationnement ?" Question franche et directe, réponse de Maja Hoffmann qui l'a été tout autant. "Nous sommes conscients du problème du parking à Arles, mais il revient à la mairie de le régler. Nous, nous allons faire. Mais j'aimerais que la Ville fasse aussi un gros effort pour régler la question..." La perche était tendue à Hervé Schiavetti qui l'a saisie... Avec prudence. "Je dois faire attention à ce que je dis car il y a des candidats dans la salle, et je ne serai plus là dans deux ans !" S'il a évoqué les évolutions des territoires et des gouvernances futures, la présence de Patrick Chauvin, l'existence d'un outil... pas grand-chose de concret.

Pourtant, la SPL du groupe Sampa, présidée par David Grzyb, a été missionnée par la Ville, début 2018, pour solliciter (enfin) un cabinet d'études quant à la faisabilité de deux parkings : aux Minimes et à l'ancienne caserne des pompiers. Il n'est jamais trop tard pour connaître les besoins, et s'assurer la confiance d'un financeur. La SET qui y travaille dépend de la Caisse des dépôts et consignations. Du concret quoi, il aurait suffi de le dire.

Source: Laprovence